[SPECTACLE] Viet Cong de retour à Québec dans un contexte plus approprié

Viet Cong
Oromocto Diamond
Oromocto Diamond

Malgré une journée pluvieuse, une bonne centaine de mélomanes se sont donnés rendez-vous au Cercle pour le concert de Viet Cong, en visite dans la vieille capitale pour une seconde fois en 2015, seulement deux mois après leur passage au Festival d’Été de Québec. Une bonne partie d’entre eux était déjà sur place pour voir ce que les deux groupes qui ouvraient la soirée avaient à proposer.

C’est à Oromocto Diamond qu’est revenue la tâche ingrate d’ouvrir le bal devant une assistance dont une grande proportion s’est déplacée uniquement pour le concert principal. L’expérience de scène de Sam Murdock, parfois chanteur et principalement bassiste de la formation qui rappelle souvent Death From Above 1979, jumelé à la nonchalance de la foule, a engendré plusieurs moments comiques. Ce dernier, avec son comparse Jean-Sébastien Grondin, a livré une performance d’une part extrêmement sentie et d’autre part, bercée par un cynisme tout à fait divertissant. Des commentaires, conseils et imitations irrévérencieuses ont ponctué la soirée, durant laquelle le groupe a, fidèle à ses habitudes, livré un show énergique, malgré la quasi indifférence générale, qui est rapidement devenue l’objet de railleries et de conseils existentiels sympathiques. Devenu avec le temps un showman hors-pair, le bassiste s’est amusé à gravir le bass-drum et à sauter partout pour convaincre la foule de partager son enthousiasme, mais sans succès. Seuls les applaudissements laissaient croire que les gens qui ont assisté à la performance ont apprécié leur expérience.

Greys
Greys

Ce fût très rapidement le tour de Greys de monter sur scène pour continuer le travail de réchauffement amorcé par la formation locale, mais la majorité des gens sur place semble être demeuré perplexe pour un bon laps de temps. Il faut avouer que si le groupe a offert une performance musicale stylée et très appréciable, le chanteur avait généralement des performances à faire sourciller même les plus généreux auditeurs, avec des fausses notes assez régulières pour donner l’impression que ce dernier n’entendait pas tout à fait ce qu’il faisait dans les moniteurs. Une confession du frontman du groupe qui a ouvert la soirée nous a d’ailleurs mis la puce à l’oreille, comme il a indiqué au passage que les formations suivantes, arrivées en retard, n’avaient pu bénéficier de tests de son en bonne et due forme. Le concert s’est terminé dans un calme relatif pour laisser l’assistance choir un bon moment avant que la formation qui l’avait incitée à se déplacer ne commence enfin son concert à proprement parler.

Viet Cong
Viet Cong

C’est aux alentours de dix heures et dix que Viet Cong a pris place sur le stage, après une entracte et des tests de son qui ont tout de même semblé un peu trop longs. Le groupe, né des cendres des excellents Women, a rapidement fait comprendre à une assistance plus nombreuse que jamais qu’ils n’étaient pas là pour rien. Le concert était pour eux l’occasion de se reprendre et de livrer un concert à leur image, après une visite un plus sobre dans le cadre d’un évènement corporatif. L’interprétation généralement impeccable des morceaux choisis sur leur album homonyme paru en janvier dernier permettait au groupe de s’adonner par ailleurs à des séances d’improvisation extrêmement bruyantes. Celles-ci ont peut-être traumatisé quelques oreilles plus chastes, mais elles ont probablement séduit les mélomanes plus exigeants, car l’énergie qui y était déployée rendait automatiquement la chose aussi divertissante que captivante. La force de frappe du batteur, souvent dissimulé par une abondante fumée qui a par ailleurs attiré les moqueries de deux des trois groupes, a rendu ces moments d’expérimentation et d’expression sonore encore plus divertissants, grâce au contraste entre leur caractère angulaire et celui de l’abrasivité souvent nonchalante des guitares. Le mur de son créé en guise de conclusion était d’une intensité contagieuse, car même ceux et celles qui se bouchaient parfois les oreilles plus tôt pendant le concert lorsque certains sons aux décibels mal maîtrisés par la régie leur faisait vibrer les tympans hochaient énergiquement de la tête pendant la dernière tirade. Le groupe s’est manifestement amusé davantage que lors du concert donné au Pigeonnier lors du Festival d’Été 2015, où ils semblaient avoir laissé perplexe la majorité des festivaliers réunis pour les concerts suivants. Après quelques moments un peu confus où les gens semblaient se demander si un rappel allait être accordé, et après l’avoir réclamé plutôt généreusement,  l’ambiance musicale d’entracte a recommencé et les gens se sont tranquillement dispersés, comprenant que le spectacle venait de prendre fin. Gageons que, même s’ils étaient peu démonstratifs, leurs oreilles bourdonneront encore pour un moment et qu’ils garderont un souvenir agréable de leur passage au Cercle en ce lundi humide un peu hostile au laisser-aller de l’instinct grégaire.

photos par Julien Baby-Cormier pour ecoutedonc.ca

Par François-Samuel Fortin

Coordonnateur à la rédaction, section albums, et rédacteur (surtout albums et spectacles, mais aussi nouvelles et entrevues.)

2 commentaires

  1. Est-ce que c’est juste moi ou la fog machine du cercle se fait pratiquement toujours critiquée par les bands? Ryan Sawyer en première partie de Collin Stetson et Sarah Neufeld avait peut-être bien résumé l’affaire en disant que ces machines-là n’étaient bonne que pour les spectacles d’écoles….

    Autrement, ce fut un bon show…!

  2. Merci pour la critique, c’est sympa.

    Je ne sais pas si j’irais jusqu’à parler de « quasi indifférence générale » comme vous le faites, mais la foule était assurément très timide et les gens faisaient preuve de beaucoup (trop ?) de retenue. Du début à la fin de la soirée, c’est à peine si les gens hochaient la tête. Mais c’est souvent comme au Cercle, non ? Il y a bien entendu des soirées géniales et survoltées — Timber Timber, par exemple. Mais lors du dernier spectacle de Moonface, par exemple, la salle était carrément léthargique ; idem lors de l’extraordinaire concert de Colin Stetson et de Sarah Neufeld, il y a maintenant quelques semaines. Évidemment, là, le registre musical est différent. Mais la foule, elle, reste la même : immobile. Le Cercle offre une programmation remarquable, mais on dirait que les spectateurs de Québec manquent d’énergie…?

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